Texte de Pénombre, trouvé sur le forum de la Voix Rokugan.

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Message par Scoub le Ven 29 Fév - 14:01

Sache, oh novice qui se lance dans le Livre des Cinq Anneaux que cet univers unique se décline de bien des manières. Permets à cette modeste personne de te présenter quelques archétypes de tables afin que tu appréhendes mieux l'essence subtile de ce jeu pareil au Vide (= c'est à dire qu'on fait dire un tas de trucs à pas grand chose). Pour ce faire, nous allons prendre en considération une situation précise : un groupe de jeunes samurai tout juste créés par les joueurs se rencontre dans une auberge (mais une auberge rokugani, c'est à dire qu'il n'y a pas de barbare demi-orc ni de bière sauf si tu joues en D20 system mais à ce moment là, ton univers unique n'est pas notre univers unique et donc, ben unique y a plus, quoi).

Nos fringants personnages (ils portent sur eux la moitié du PIB d'une vallée de leur pays, c'est dire s'ils sont fringants. L'ensemble du groupe de débutants pèse en équivalent économique de quoi nourrir 200 personnes durant toute une année et ils trouvent encore le moyen de râler après ça…). Nos fringants personnages, donc, vont rencontrer le seigneur du coin, le daimyo comme on dit, et par sa faute ils feront un peu plus tard la rencontre d'une bande de brigands pas sympa du tout. C'est banal à en pleurer mais avec un éventail acheté à prisunic et un CD de musique ethnique japonaise ainsi que suffisamment d'onomatopées, tout le monde trouve ça génial. Quand on vous dit que le jdr, c'est du théâtre, vous saurez pourquoi.
Alors, voilà ce qui se passerait si nous étions à une table archétypique :

- les nipponophiles
Les samurai passent trois heures de jeu à se dire bonjour dans les règles. Le mj passe trois autres heures à décrire les calligraphies sur les murs de l'auberge. Plus une demi-heure pour les sous-entendus culturels du motif en fleur de pécher qui orne la manche gauche du kimono eido-style de la serveuse. Tout le monde fait la gueule devant les sushi apportés pour l'occaze parce qu'ils ont l'air moins appétissants que la tambouille décrite par le mj. Le petit nouveau déclare innocemment qu'on pourrait se prendre un saké et il a droit à dix neuf minutes de cours sur comment on brasse, chauffe, sert et boit un breuvage que personne n'aime de toute manière.
Un joueur, Fred, se mélange les pinceaux lorsque les personnages rencontrent le daimyo et doit se faire seppuku. Les autres passent quatre vingt minutes à disserter du bien fondé de cette sanction au regard de la faute d'étiquette impardonnable commise par le joueur. L'audience est la seule chose qui soit brève car le daimyo ne permet aucune réponse à part "oui" adressé dans les formes à la poussière des tatami. La cérémonie du seppuku prend une heure et demi car personne ne s'accorde sur l'idée qu'il faille faire deux ou trois entailles. Fred, qui doit suicider son perso, regarde d'un air songeur les baguettes en plastique des sushi et songe sérieusement à se les planter dans le bide mais finalement, on y arrive.
On se quitte en disant que c'était une chouette soirée, même le gars qui s'est fait seppuku et le petit nouveau qui se dit qu'il ne reviendra jamais et que les soirées donjon+haschich c'est bien plus chouette. Tout le monde a oublié ce que voulait le daimyo mais comme de toute manière il va falloir lui demander une nouvelle audience pour s'excuser encore de la connerie du perso à Fred, on lui reposera la question.

- les théatraux
La rencontre initiale dans l'auberge dure six heures entières. A la fin, le mj a improvisé une serveuse-princesse-reniée (dont la manche de kimono porte une allusion subtile à son ancien statut), un aubergiste-contrebandier-informateur à la Huggy les bons tuyaux sans la couleur de peau idoine, une descente des yoriki – c'est la police du coin, qui se promène partout avec des broches à poulet comme symbôle de leur fonction… c'est d'un second degré terrible, hein ? - pour calmer les joueurs qui se laissent emporter par leurs grandes phrases vides, un sorcier fou à tuer (le type patibulaire assis seul à une table dans le coin que les joueurs cherchent depuis le début de la séance et qu'il a fallu téléporter là d'urgence, juste pour leur faire plaisir), une partie de go, un samurai de la famille Matsu bourré qui veut défier le Kakita du groupe et un maitre du thé de passage voulant marier sa fille qui louche. Les joueurs ont compris que chaque personnage du groupe possède malgré ses 15 ans au moins un Sombre Secret, un Amour Perdu, un Némesis, une malédiction familiale et un Ennemi Juré.
Tout le monde se quitte en disant que c'était excellent. Dans la voiture au retour, Fred gave les autres tellement il décroche pas du trip. Quelqu'un finit par dire qu'en fait on a même pas commencé la partie mais on le réduit rapidement au silence à coups de protestations virulentes.
Dix sept séances plus tard, on sort enfin du château du daimyo et le mj se demande ce qu'il va bien pouvoir faire des sept cent deux pnjs improvisés dans ce village ou ses joueurs ne remettront jamais les pieds.

- les je m'en foutistes
L'un des personnages porte des bottes de cuir style western. La moitié des personnages s'appellent Sangoku, Kenshin, Ranma et Zatoichi ou un truc à deux zeni qui s'en inspire et fait "subtil". Pour le vocabulaire, "san" et "sama" sont les deux seuls mots japonais en dehors de katana, wakizashi, dai-tsuchi, geisha, oni, shugenja, koku et tetsubo qui ont un sens et les personnages s'adressent aux pnjs comme s'ils étaient leurs vieux frères black de Harlem. Nos héros ont éclusé en quelques heures tout le saké de la vallée et menacé la balance commerciale extérieure de l'Empire dans la foulée mais comme ce sont des mecs cools, ils sont à peine bourrés. La moitié du groupe à un défaut du style compulsion : geisha, saké ou opium, voire plusieurs. Le mj passe en boucle la bande musicale de samurai champloo et décide que certains morceaux du seigneur des anneaux ou la marche impériale de starwars seraient aussi du plus bel effet. Quand un personnage dort, son joueur peut squatter la console de jeu. Le daimyo parle comme un vieux don mafieux tout droit sorti du film "le parrain". Le beau gosse du groupe se tape la serveuse pendant que le Hida de service va exploser la tronche du pnj Matsu avant qu'il ne soit bourré pour pouvoir continuer pendant le reste de la séance à dire au Kakita qu'il est une vraie tapette et qu'il lui doit la vie en prime. Le scorpion de l'équipe fait des allusions fines transparentes à dix kilomètres et des blagues de potache en prenant un air de conspirateur. Il se goinfre sur des jets de discrétion en pleine nuit sans lune alors que tout le monde sait bien qu'à part les scorpions, personne ne sort la nuit à Rokugan… mais ça l'amuse tellement, que voulez vous.
Tout le monde se quitte en disant que c'était vraiment cool. Le mj replie son écran et le magazine masculin à page centrale dépliable qu'il lisait derrière. Il débarrasse les canettes vides en songeant que la prochaine séance il va leur sortir une bande de brigands avec un accent marseillais qui cherchent les boules du dragon pour jouer à la pétanque et lorsqu'il arrive dans sa chambre, c'est pour voir que Fred s'est une fois de plus endormi bourré et tout habillé sur son plumard.

- les simulationistes
Le mj a passé quatre ans et demi à réécrire les règles "parce qu'elles ne voulaient rien dire". Les joueurs pinaillent sur des trucs dont même lui a oublié l'existence. La rencontre initiale dure 40 minutes avec les descriptions des résultats de tous les jets d'Enquête que les personnages s'envoient mutuellement les uns les autres. L'entrevue avec le daimyo prend huit phrases. Le combat avec les brigands dure une heure trente dont douze minutes rien que pour que chaque joueur puisse positionner son perso sur le champ de bataille de manière à profiter au maximum du terrain. La victoire des pjs décime la moitié du groupe et mutile la moitié survivante. Elle est suivie d'un débriefing de 60 minutes sur l'armement des brigands japonais et des morceaux choisis de batailles historiques décrites de manière erronée et reprise en toute mauvaise foi par les joueurs pour alimenter leurs arguments. Fred se propose de faire une aide de jeu sur l'effet en termes de règles des différentes longueurs de lame des katana maniés à une ou deux mains. Un gars de l'autre côté de la table dit qu'il a un bouquin sur les armures de samurai et l'on s'extasie pendant deux heures sur les photos en se demandant si ça colle bien avec les tableaux du mj qui regarde tout ça d'un air faussement tolérant mais se jure de le leur faire payer à cette bande d'obscurantistes.
Finalement, le mj propose d'arréter là la séance pour que le moitié défunte du groupe puisse faire de nouveaux persos et on se retrouve devant la télé pour mater la Revanche des Sith et tomber d'accord comme quoi un samurai de rang 5 avec la compétence nawakjutsu au rang 17 peut battre un jedi au mikado par temps de brume mais seulement s'il a l'avantage du terrain.

- les gros bourrins bien comme il faut
Les joueurs massacrent la moitié de la population du village pour se prouver mutuellement qu'ils sont de grands guerriers. Le daimyo leur envoie son armée qu'ils déciment allégrement avant d'aller faire un tour au repaire de brigands parce que sinon, ça manque de fun.
Lorsque les pjs décident de s'allier (enfin…) pour concrétiser leurs ambitions communes, la majorité veut se partager le trône de l'empire. Le shugenja du groupe de son côté veut fonder une école qui ridiculise les Isawa mais ça n'est pas incompatible avec les autres alors ils le laissent faire. Idem pour le duelliste Kakita de service qui veut humilier les kenshinzen parce que de toute manière, il est le seul dont le joueur veut faire l'effort d'utiliser le système iaijutsu.
Les personnages ne font qu'un seul jet de compétence sociale, pour savoir quel est le rang de statut de leur interlocuteur : tout ce qui ne leur est pas supérieur en rang ET n'a pas une armée sous la main a le choix entre s'aplatir ou mourir. Le moindre pnj qui veut demander quelque chose, même poliment, doit avoir au moins 9 dans la compétence Intimidation pour qu'il leur semble crédible et toutes les descriptions de pnjs doivent mettre l'accent sur leur côté dangereux et mortel parce que sinon, même pas ils s'arréteront pour leur parler et ils leur marcheront dessus.
Le groupe explose littéralement le jour ou Fred qui joue le courtisan explique que non, prendre le contrôle de l'empire n'a aucun intérêt, pas plus que de devenir le balèze de service. Son ambition à lui, c'est de sauter Kachiko. Tout le monde lui en veut pour ça (enfin, surtout parce qu'ils n'y ont pas pensé avant lui) et dix minutes plus tard, la capitale est à feu et à sang.
Deux séances plus tard, l'Outremonde franchit le Mur sans la moindre perte vu qu'il n'y a plus personne pour les arréter et se retrouve face à un empire dépeuplé et une bande de personnages joueurs.
Le groupe sort son arsenal de nemuranai +5g5/ajoute deux à ton rang de Vide en permanence/ignore les effets Carapace/+25 au ND des sorts te ciblant/immunité totale à la Souillure et après avoir explosé Fu Leng et les tonnerres officiels (mais pas Kachiko… ni Hitomi, ni Kamako…), les personnages vont vider leur vessie dans le Puit Suppurant. Tout le monde regarde alors le mj d'un air désemparé parce que Fu Leng est mort et là, il sourit et leur dit "z'avez jamais entendu parler de l'Ombre ?". Et c'est one more time…

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Les styles de jeu L5A en moins de 100 minutes

Message par Scoub le Ven 29 Fév - 14:02

Suite de l'excellent texte de Pénombre.

- les wooistes (comme dans Woo, John Woo…).
La moitié des règles ont été zappée d'un commun accord parce que "ralentissant l'action". On se met une musique d'ambiance qui fait réagir les sismographes jusqu'à Tokyo et on illustre chaque action d'amples gestes et onomatopées remplaçant les bruitages des accessoires et du décor. Tous les personnages sont classes, même les crabes qui ont des dégaines de Wolverine mais pas plus crade ou alors, juste un peu de faux sang et de suie pour une séquence du genre "tou croyais m'avoir toué José, ma yé souis revenou des enfers et c'est moi qui vais té touer".
Chaque combat est un concours d'actes aussi spectaculaires que débiles et à un moment dans la soirée, Fred se sent obligé de faire une démonstration. En tentant de courir sur un mur du salon habillé en ninja, il passe à travers la cloison et se retrouve dans la salle de bains de la voisine qui appelle la police.
Tout le monde se retrouve au mitard. Dans la cellule de dégrisement, on décide de faire un peu de semi-GN vu qu'on a pas besoin de dés dans le fond. Les autres occupants de la cellule s'en mèlent. Roger le dealer veut bien jouer le daillemio si on le laisse d'abord se faire son rail avec le petit sachet de coke qu'il a soustrait de la fouille corporelle en se le planquant entre les fesses… Tina la tapineuse dit que les kimono, ça doit sans doute être vachement sexy et se met à caresser l'entrejambe de ce salaud de Fred en lui demandant comment on fait pour sortir d'un yukata. Finalement, les poulets finissent par venir jouer de la matraque parce que tout ce boucan les empèche de regarder la coupe du monde à la téloche.
Le lendemain, tout le monde est hilare et montre fièrement ses bleus et marques de matraque à ses petits camarades, même si au bout d'un moment, quelqu'un finit par se demander ou ont bien pu passer Fred et Tina.

- les conspirationnistes
Tout le monde fait constamment référence aux séries modernes "policières" les plus connes et les plus connes tout court pour étayer ses théories fumeuses qui expliquent pourquoi la serveuse leur a souhaité bonne route lorsqu'ils sont allés voir le daimyo que les pjs ont trouvé assassiné. Tous les personnages ont obligatoirement Enquête et la moitié du groupe a l'avantage Clairvoyant (l'autre moitié a préféré garder ses PP pour monter Enquête encore plus haut…), il y a au moins un magistrat Kitsuki ET opiomane dans l'équipe. Comme par hasard, c'est un adepte des jeux steampunk qui dort sur sa collection de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et qui organise régulièrement des murder dans des chateaux en Sologne ou l'on tournait des pornos avec Brigitte Lahaie il y a quelques décades. Les autres prennent tout le temps un air exagérément mystérieux et sortent des propos sagaces à l'extrème avec un air solennel à la limite du pincé qui amène le petit nouveau à se demander si en fait de fous, les rôlistes ne seraient pas plutôt tout simplement des gars avec un gros problème de constipation chronique.
L'intrigue est sortie tout droit d'un vieux scénario murder pondu pour une école d'ingénieurs quelconque qui n'a jamais été fini parce que la moitié des participants voulait se taper la seule fille potable et célibataire venue pour l'occaze et que l'autre moitié passait son temps à vider des bouteilles en échangeant des potins débiles. (Au fait, la fille en question était en cours de rupture avec son mec en vérité, et elle a fini dans la cabane du jardinier avec l'intéressé. Ils y sont toujours et quelqu'un a fini par leur envoyer par la poste un exemplaire de Robinson Crusoé, histoire de leur donner un peu de lecture).

Finalement, profitant d'une pause pipi du mj, un joueur parvient à obtenir par un coup d'œil furtif derrière le paravent des infos cruciales sur la suite de l'aventure. Comme il interprète tout de travers, les pjs se jettent droit dans les bras du vieux jardinier fou qui tente de les sacrifier à Fu Leng en les éviscérant avec une baguette taillée en pointe et trempée dans le vinaigre. Baguette qui se révèle avoir été l'arme du crime précédant (le daimyo, pour ceusses qu'ont pas suivi). Un meurtre que le jardinier, en trempant la baguette dans le vinaigre, voulait faire passer pour une attaque de penonga… pénago… ponéga… penanolan. Enfin, ce truc là, quoi. Savez, la tête qui se promène la nuit toute seule en volant avec les intestins qui pendent.

(On se demande comment on peut ne pas réussir à pister un truc pareil avec sa tripaille qui se vide partout ou elle se promène mais apparemment, même avec 17 en Enquête et Clairvoyant et Compulsif – Opiomane, y a pas un seul joueur qui y a pensé jusqu'à présent. C'est ça, les enquêteurs de l'extrème… c'est souvent extrèmement niais).

Miraculeusement, un des joueurs parvient à faire 185 sur son jet d'athlétisme, arrache à mains nues ses chaines de la paroi ou elles étaient fixées et met en fuite le méchant jardinier qui bien évidemment (c'est pour le côté karmique/surnaturel à la X-files) trébuche quelques centaines de mètres plus loin pour aller s'empaler sur une collection de baguettes taillées en pointes rassemblées en bosquet à cet endroit précis. Juste pour les besoins de l'intrigue.

Ah, j'oubliais, malgré le fait qu'il ait produit un splendide 4 sur son jet d'Enquête à 9g3, Fred a remarqué sans chercher à le savoir que le vinaigre sur la baguette est produit dans un village tout proche réputé malsain d'où notre jardinier maho-tsukai serait originaire… devinez ce qui se passera la prochaine séance… vous avez droit à trois réponses et même un jet d'Enquête si vous ne trouvez pas.

- les adeptes de l'exotisme
Bien qu'il ne s'agisse pas d'un grandeur nature, tout le monde vient en costume. Une bande musicale appropriée passe en fond sonore discret. Quelqu'un a amené des baguettes, d'autres sont allés voir un vrai traiteur asiatique, d'autres encore ont ramené des souvenirs de vacances à l'autre bout du monde parmi lesquels on trouve : une canette de bière Kirin vide, une bille de pachinko, un casque de soldat américain trouvé dans une rizière du vietnam, un éventail acheté dans une échoppe de Shangai, une authentique épée chinoise en aluminium, une culotte de lycéenne de Tokyo achetée au distributeur près de la gare de Shinjuku et enfin le briquet du bar-tabac Chez Maurice en bas de la rue parce que son nouveau serveur a une mère coréenne.

L'ami Fred squatte la cuisine malgré les provisions achetées chez le traiteur et donne en direct un cours sur la préparation des sushi avec une base de riz calciné (forcément, faut pas oublier l'eau dans la marmite à riz électrique…) et de saumon norvégien acheté chez Picard. Il a pas trouvé d'algues mais la consistance des champignons noirs parfumés étant la même…

Les bouquins L5A poireautent sur la table basse entre deux albums de photos et sont lentement recouverts de cartes de visites, diagrammes ésotériques et mots griffonnés car ce coin de l'appartement est squatté par Joseph le prof de Chi Quong et Marlène la maitresse és Shiatsu qui sont plongés dans une discussion enflammée afin de savoir qui gagnera ce soir la dernière manche de leur vieux concours intitulé "j'ai encore drainé plus de gogos que toi à mon stage". Robert a amené un authentique moine bouddhiste habitant en californie mais qui ne parle que le mandarin et quelques mots d'anglais alors au bout de 30 minutes, on finit par comprendre qu'il a pas grand chose de spirituel à dire mais qu'il essayerait bien l'herbe locale, juste pour comparer quoi.
A la fin de la soirée, tout le monde est un peu à l'ouest, on a pas joué à L5A une seule seconde et ceux qui ont mangé la tambouille à Fred sont aux urgences. Marlène et Joseph ont réussi à persuader une dizaine de courageux que ça serait bien de "sentir le Chi" en allant se faire une petite séance Shiatsu/Chi Quong sur la place dehors, alors qu'il pleut à verse et qu'on est en novembre.

- Les storyliners
Chaque joueur a construit le background de son personnage de manière à inclure au moins une brève rencontre avec un personnage de la storyline avant qu'il ne lui arrive ce qui est considéré comme remarquable à son propos. Comme de juste, le personnage du joueur n'est pas connu en mal du pnj et le joueur à tendance à imaginer qu'il peut s'en faire un pote sans problème malgré les 82 manières différentes utilisées par le mj pour lui faire comprendre qu'il faut dépenser des PP pour ça.

90% du temps, le pnj est membre du clan du joueur, voire de sa famille, voire de sa famille proche-mais-c'est-juste-un-cousin-alors-j'ai-pas-dépensé-les-PP-hein ?

si le joueur est de sexe masculin et le pnj de sexe féminin, il y a 100% de chances que son personnage ait une fixation sur le pnj. Surtout si le joueur a trouvé à son goùt les portraits proposés dans la gamme officielle. Sinon, il viendra voir le mj avec des scans de cartes du JCC représentant son égérie, voire collectionnera ses fan-arts s'ils existent.

Comme par hasard, tous les ennemis du pnj mentionnés dans le background seront ceux du joueur et comme par hasard, il prendra le plus inoffensif d'entres eux pour s'en faire un ennemi personnel qu'il cherchera six fois par semaine à trucider juste pour se faire bien voir du pnj qui ne lui a rien demandé.

La première question que posent les pjs une fois qu'ils savent qu'ils doivent aller voir le daimyo du coin, c'est "il est parent de Toto Machinbidule-sama qui apparaît dans la Voie du Cornichon ?"

D'ailleurs, chaque mention d'un pnj officiel sera l'occasion pour les joueurs de s'échanger des sous-entendus aussi subtils qu'un éléphant vous chargeant dessus dans un tunnel. Les éventuels novices se verront patiemment expliquer des points de détails abscons à grand renfort de "mais ça, je peux pas te le dire, sache cependant que… " qui généreront assez rapidement une certaine lassitude.

Notre ami Fred, ce grand spécialiste de la storyline, en profitera pour mentionner chaque autre pnj connu par le pnj objet de la discussion et (toujours sans spoiler paraît-il), il détaillera par le menu leurs relations. Quelqu'un finira par intervenir pour apporter une correction et deux phrases plus tard, on se battra à coups de numéros de page. Fred hurlera que le Imperial Herald n'est pas une source de données "canon" et rétorquera à coups de citations invérifiables des forums d'AEG vieilles de quatre ans pendant que les anti-JCC commenteront les choix débiles de certains gagnants de tournois et que les pro-JCC diront pour la huit cent millionième fois que L5a était un jeu de cartes avant d'être un jeu de rôle. Il leur sera rétorqué que personne les a obligés à se lancer dans le jeu de rôles et qu'à part les jolis dessins dessus, leurs cartes ne servent à rien. La discussion dérivera rapidement sur des accusations de nature plus personnelle qui seraient peut-être intéressantes par rapport aux intrigues des pnjs si elles n'étaient pas encore plus pitoyables.

Las de tout cela, le mj finira par faire le point d'un ton ferme :
- tout le monde se tait et tout de suite !!
- dans sa campagne à lui, rien ne se passe obligatoirement comme dans la storyline officielle
- ça serait bien qu'ils jouent un peu le scénario, non mais sans blague
Tout le monde se le tient pour dit pendant exactement… quatre minutes. Après quoi, un petit malin revanchard et un peu puéril en profite pour dire que le mj a fait précédemment une erreur à propos d'un pnj de la storyline…

Au bout de huit séances de ce genre, le mj dépité finit par jeter l'éponge. Il vend tous ses trucs L5A sur ebay et abandonne à eux-mêmes ses joueurs qui ne remarquent même pas son absence et poursuivent leurs affaires sur des forums internet, parce que plus on est de fous et plus personne ne se rappelle ce qu'on venait faire là au départ.
Sept ans, quatre semaines et six jours plus tard, le mj qui s'était reconverti dans Wampa Le Mascara se retrouve lors d'un tournoi à la con au fin fond de la normandie à animer une table avec au moins un des joueurs de cette belle époque, à 400 km de leurs anciens lieux de rencontre. Le dit joueur lui dira obligatoirement (mais alors o-bli-ga-toi-re-ment) dans ses quatre premières phrases qu'il adore Wampa Le Mascara parce que "tu vois, c'est un jeu avec une excellente storyline".

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Re: Texte de Pénombre, trouvé sur le forum de la Voix Rokugan.

Message par Gunther Fett le Ven 29 Fév - 17:05

Ah !! je crois que je suis un Storyliner qui ne se l'avoue pas ! (Genjuro Kibagami Rolling Eyes Rah, y'a que moi qui comprendra... Sad ) Ou du moins, je suis sûr que je l'ai été ! I love you
C'est excellent ! J'en veux d'autre, et il faudrait que j'évite de les lires durant mes heures de travail, ça va faire le 2e client qui sursaute parce que j'éclate de rire devant mon ordinateur au rayon... Rolling Eyes

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